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Arrêtons de jeter la pierre à Céline Vara : on va finir par blesser une tortue

Photo du rédacteur: Ruben Ramchurn
Ruben Ramchurn
12 mai 2025
3 min de lecture

Soyons clairs : cette affaire ne devrait pas en être une.

Une politicienne part en vacances, paie son billet d’avion, va voir des tortues avec ses enfants, et rentre. Fin de l’histoire ? Non. Parce que Céline Vara est Verte, et surtout parce qu’elle a longtemps fait partie de ces moralisateurs en chef — ceux qui prêchent sobriété, neutralité carbone et voyages raisonnés. Alors forcément, quand l’une des prêtresses du climat prend l’avion, la meute crie au sacrilège.

Alors qu’on devrait plutôt se réjouir : Madame Vara ne fait plus partie du clergé, elle a quitté la soutane verte… au moins pour elle.

Mais on a connu plus grave. Aller voir des tortues en famille, ce n’est pas aussi durable qu’un week-end au bord du lac, mais c’est moins grave qu’un trafic de drogue sous couvert de chimie durable, comme celui de la Griselda verte du Grand-Saconnex.

C’est aussi plus respectable que de faire financer ses campagnes politiques par le contribuable… ou par l’ATE (ce qui revient au même).

C’est mieux que de taguer des bâtiments publics, de vandaliser des menhirs, de saccager des terrains de golf ou de bloquer des routes au nom des nouvelles religions «progressistes».

Et c’est toujours plus décent que ces Municipaux d’antan qui avaient transformé le Centre thermal en placard doré pour camarades en fin de carrière — un lieu de pantouflage chronique, régulièrement recapitalisé par la collectivité.

Et puis, rappelons-le : Céline Vara a payé ses vacances. C’est tout de même plus honnête que de prendre l’avion pour aller se faire offrir des homards siciliens (mis à mort sans souffrance, bien sûr), aux frais du contribuable. Même si certains, par vertu affichée, annoncent prendre le train… pour mieux rentrer en douce en avion.

À Yverdon, les Municipaux reçoivent même 800 francs par mois pour… s’habiller. Ça ne se voit pas toujours, mais personne ne leur demande leurs tickets. On est ailleurs.

Quant à Oman, on s’est empressé de critiquer la destination. On aurait pu, au contraire, relever que ce pays est à la pointe mondiale en matière de conservation marine, notamment dans la protection des zones de reproduction des tortues. Alors oui, si on les aime vraiment, ces tortues, on évite d’en faire une attraction touristique de masse. Sinon, il n’en restera bientôt plus que dans les documentaires. Mais enfin, ce n’est pas Céline Vara qui menace la biodiversité.

Et pour rappel : un siège vide dans un avion ne réduit pas les émissions de CO₂.

Oui, elle aurait pu anticiper la polémique. Oui, son silence l’a nourrie. Oui, elle devrait aussi nous expliquer comment elle est passée de l’écologiste dogmatique qui traitait les agriculteurs d’empoisonneurs à une élue qui prend l’avion pour aller voir des tortues avec ses filles. Et pourquoi elle dénonçait un voyage à Londres du gouvernement fribourgeois… sans jamais piper mot sur les allers-retours aériens des autorités communales de gauche.

Mais non, ce voyage ne dit rien de ses compétences. Il dit surtout beaucoup de notre époque : une époque où l’on préfère clouer au pilori des fautes symboliques, où l’on monte en épingle des anecdotes privées plutôt que de se réjouir de voir des écologistes devenir moins fanatiques que leurs collègues genevois — ceux qui interdisent la viande à leurs élus et la suppriment des événements publics.

C’est peut-être une lueur d’espoir.

Peut-être qu’un jour, on cessera d’imposer des « journées véganes » dans les cantines de nos enfants, pendant que le monde politique se gave de viande aux sauteries officielles — toujours payées par le contribuable.

Et quand, par souci d’inclusivité, les plateaux sont labellisés flexitariens, la viande disparaît comme par magie… et il ne reste que le boulgour tiède et le quinoa flétri. Garnitures tristes qui servent à se donner bonne conscience, mais que personne ne veut vraiment. Symbole d’un monde hypocrite, qui ne cherche à parer de vertus… que les autres.

Nos enfants, eux, n’ont pas d’autre choix que de manger le boulgour… ou d’avoir le ventre vide.

Article paru dans le Journal pour Tous n°3.5 (mai 2025, édition spéciale mobilité et technocratie).

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